Dissertation En Trois Parties

Proposée par Sciences-Po et OpenClassrooms, cette fiche méthodologique, première d’une série de huit, détaille en vidéo et textes les règles à connaître pour réussir une dissertation.

Cette fiche méthodologique est proposée par Sciences-Po, associé à OpenClassrooms, pour accompagner les lycéens vers le bac et les études supérieures. Nous republions progressivement sur Le Monde.fr/campus les huit fiches e-methodo conçues par des enseignants de lycée et de Sciences Po : rédiger une dissertation, un commentaire de texte, prendre des notes, lire une carte, faire une recherche sur Internet, organiser son temps durant un examen ou concours...

La dissertation est l’exercice phare de l’enseignement des sciences humaines en France. C’est une sorte de test de compréhension du cours, qui va mettre aussi à l’épreuve votre capacité de réflexion, votre capacité à argumenter et votre culture générale. C’est surtout un exercice très codifié, dont il faut respecter les règles si vous voulez le réussir. Connaître vos leçons ou réfléchir vite ne suffira pas !

Le but de la dissertation est de vous inciter à structurer une réflexion cohérente, écrite et argumentée qui réponde à une problématique, en fonction de règles prédéfinies.

  • Structurer => car il faut suivre un découpage clair et progressif

  • Cohérente => car il faut que toutes les parties répondent à la problématique.

  • Écrite => car c’est en écrivant que l’on apprend à écrire, que ce soit sur le plan stylistique, argumentatif, orthographique.

  • Argumentée => car chaque idée doit être développée, appuyée par un exemple, prouvée par la démonstration, pour convaincre le lecteur.

  • Problématique => car il faut dégager un angle à partir du sujet donné.

  • Règles prédéfinies => car c’est un exercice académique, et pour que tout le monde soit évaluable sur les mêmes critères, il faut que tout le monde les respecte. En sport, on ne pourrait pas noter un participant qui jouerait au foot au milieu d’un tournoi de basket. Ici, c’est identique, il faut suivre les règles sous-entendues par le terme de “dissertation”.

Nous allons donc voir tous ces aspects incontournables de la dissertation en suivant la chronologie d’une épreuve.

Lire aussi :   Quiz : Savez-vous faire une dissertation ?

Organisez-vous

Vous vous asseyez dans la salle d’examen pour réaliser votre dissertation. D’abord, organisez-vous ! Réfléchissez au temps que vous avez pour la faire, et fixez-vous une répartition du temps, que vous noterez tout de suite au brouillon. C’est la meilleure façon pour ne pas vous laisserdéborder.

En 2 h 30

Pour l’épreuve d’entrée à Sciences Po, vous devez faire votre composition en 2h30 environ. Rendez-vous prochainement sur la fiche « Organiser son travail lors d’une épreuve limitée dans le temps » pour plus de renseignements.

En 4 heures

Pour une épreuve de 4 heures et un plan en 3 parties, il vous faudra consacrer environ...

1h35 : brouillon

  • 10 minutes pour le choix du sujet

  • 15 minutes pour décortiquer le sujet et problématiser

  • 20 minutes pour poser les idées en vrac

  • 30 minutes pour concevoir le plan et ajouter les exemples

  • 15 minutes pour rédiger l’introduction au brouillon

  • 5 min pour rédiger la conclusion provisoire au brouillon

2h15 : rédaction

  • 5 minutes pour recopier l’introduction

  • 40 minutes par partie

  • 10 minutes pour la conclusion

10 minutes : relecture

En 5h

Pour une épreuve de 5 heures et un plan en 3 parties, il vous faudra consacrer environ...

1h45 : brouillon

  • 10 minutes pour le choix du sujet

  • 15 minutes pour décortiquer le sujet et problématiser

  • 25 minutes pour poser les idées en vrac

  • 35 minutes pour concevoir le plan et ajouter les exemples

  • 15 minutes pour rédiger l’introduction au brouillon

  • 5 min pour rédiger la conclusion provisoire au brouillon

3h : rédaction

  • 5 minutes pour recopier l’introduction

  • 55 minutes par partie

  • 10 minutes pour la conclusion

15 minutes : relecture

Décryptez le sujet

Comment décrypter ?

Maintenant que vous savez le temps vous allez consacrer à chaque étape de l’épreuve, il faut s’attaquer au sujet. Un sujet, cela peut être plein de choses : une question, une citation, une affirmation… L’important est de le disséquer pour comprendreles enjeux sous-entendus par ce sujet et d’en tirerune tension, une question, à laquelle votre dissertation répondra.

Pour savoir comment problématiser votre sujet, nous publierons bientôt une fiche consacrée à cette question.

Pourquoi décrypter ?

Ce qu’il faut absolument retenir, c’est qu’une problématique est un angle d’attaque, une façon particulière d’aborder un sujet. Et c’est elle qui vous permettra de prioriser les idées qui vous viennent, de les organiser pour y répondre. Le sujet n’est pas une problématique et une problématique n’est pas un sujet.

Un sujet est une formulation générale, qui autorise plusieurs problématiques, et qui ne souligne pas forcément un problème particulier. Exemples :

  • Gains de productivité et croissance économique

  • Les partis ouvriers allemands de 1875 à 1933

  • Qu’est-ce que l’art ?...

Si vous traitez ces sujets sans les problématiser, vous allez probablement transformer votre dissertation en catalogue, dans laquelle vous présenterez par exemple tous les partis ouvriers allemands ou toutes les formes d’art qui existent. Mais ce n’est pas du tout ce qu’on vous demande !

La problématique entre alors en jeu : à partir d’un sujet, quelle question particulière pouvez-vous vous poser pour éclairer le thème proposé ?

  • Pour le sujet d’économie “Gains de productivité et croissance économique”, il faut s’interroger sur la relation entre les deux notions, pour en tirer une question, comme “Comment la productivité stimule-t-elle la croissance et comment la croissance encourage-t-elle la productivité ?” Ou encore “Quels sont les effets positifs et les effets négatifs de la productivité sur la croissance ?”.

  • Pour le sujet d’histoire“Les partis ouvriers allemands de 1875 à 1933”, il faut essayer de comprendre la tension qui rend ce sujet intéressant. On peut la formuler en se questionnant sur le rapport des partis avec les syndicats : “Comment s’articulent les partis et les syndicats allemands ?” Ou en se focalisant sur la tension idéologique : “Qu’est-ce qui oppose les réformistes des révolutionnaires ?” Ou encore sur la capacité du mouvement ouvrier à se rassembler durant cette période : “Comment le mouvement ouvrier est-il passé de l’unité à la division ?”.

  • Pour le sujet de philosophie, “Qu’est-ce que l’art ?”, la question est bien évidemment trop vaste et trop générale pour être une problématique. Il faut donc orienter le traitement que vous allez faire du sujet en vous demandant “Comment l’art se distingue-t-il de l’artisanat ?”, ce qui vous fera réfléchir sur l’aspect transcendant, symbolique de l’art, ou en vous interrogeant par exemple sur les rapports entre l’art et le beau “L’art n’est-il que l’expression du beau ?”.

Structurez votre plan

Comment faire concrètement ?

Vous avez bien disséqué le sujet ? Vous en avez tiré une problématique ? Maintenant, posez vos idées en vrac, au brouillon. Notez tout ce qui vous passe par la tête, qui semble relié à la problématique, essayez de mobiliservos connaissances de cours qui pourraient vous servir, pensez à des exemples qui vous semblent parlant.

Vous pouvez par exemple prendre une feuille à l’horizontale et tracer 3 colonnes : celle de gauche vous permettra de mettre toutes vos idées, puis dans celle du milieu vous classerez vos idées en 2, 3 ou 4 parties, et en face de chaque idée, dans la dernière colonne, vous ferez figurer 1 ou 2 exemples étayant chaque idée.
Sinon, vous pouvez aussi prendre une ou plusieurs feuilles pour poser vos idées (n’utilisez que les rectos, pour ne rien oublier), puis tout reclasser et enrichir d’exemples sur une autre. À vous de voir !

Comment construire les différentes parties ?

Pour rassembler vos idées en 2 à 4 grandes parties, il faut absolument garder en tête que chacune à sa façon doit répondre à la problématique, et si possible en allant du plus évident au plus complexe, du plus descriptif au plus analytique, du détail au général.

Dans le cadre d’un plan dialectique (thèse, antithèse, synthèse) en 3 parties, la progression est assez classique. La première partie doit expliquer le plus évident, ce à quoi l’on pense dès la lecture de la problématique, c’est la “première couche” de votre réflexion. La deuxième partie apporte un tournant, un éclairage, ou une contradiction. La troisième partie, elle, dépasse les autres pour dégager les enjeux plus vastes, ou résoudre la contradiction apparente entre les deux premières parties…

Sujet de Philosophie : « Suis-je responsable de ce dont je n’ai pas conscience ? »
Problématique : En quoi la notion d’inconscient pourrait-elle me dédouanner de mes action ?

1. La question de la volonté de ce dont je n’ai pas conscience n’a pas de sens :
1.1 philosophie de la volonté infinie : importance de la conscience pour la conduite, et infinité de l’inconscient
1.2 doctrine freudienne : importance de l’inconscient

2. Je ne suis pas responsable de mes mobiles inconscients, mais je suis responsable de mes actes :
2.1 la moralité se constitue contre les inclinations
2.2 responsabilité, devoir et prise de conscience

3. Être responsable consiste aussi à reconnaître en moi ce qui échappe à ma conscience et à l’emprise de ma volonté :
3.1 la responsabilité exige que nous comprenions en nous l’homme de désir
3.2 la responsabilité, qui n’est pas culpabilité, se définit par la relation à l’autre

On peut penser à d’autres types de plan, comme le plan analytique (description, causes, conséquences),thématique (différents aspects d’une même question), comparatif (examiner deux notions puis dépasser leur clivage)...

Certains plans sont plus appropriés lorsque l’intitulé du sujet est introduit par certains verbes. Exemple : analytique avec « décrire », thématique avec « à quoi sert », dialectique avec « faut-il », etc.

On peut bien sûr combiner deux natures de plan dans les parties et sous-parties. En histoire, par exemple, il arrive souvent que les grandes parties soient définies chronologiquement mais qu’à l’intérieur de ces parties, on répartisse les arguments de façon thématique.

Votre plan de dissertation va aussi dépendre de la discipline : vous ne ferez pas le même type de plan en histoire, en lettres, en économie… En SES, on conseille souvent un plan en 2 parties, en histoire et en philosophie, 3 parties, en lettres, 3 ou 4. il faut structurer le devoir selon une logique de progression, qui va toujours du moins important au plus important.

Sujet de Sociologie : « Le travail, facteur d’intégration sociale ? »
Problématique : En quoi le travail peut-il apporter un bien-être en donnant un réseau social ?

I. Le travail est un facteur important d’intégration :
A) l’emploi accorde une place, une identité et une utilité sociales
B) l’arrêt du travail fragilise le lien et peut créer une marginalisation

II Le travail n’est pas toujours intégrateur et l’intégration est assurée aussi par d’autres biais :
A) certains employés sont isolés et communiquent peu avec autrui
B) la famille, l’amitié et les relations de loisirs

Rédigez l’introduction et la conclusion

Maintenant que votre plan est structuré et détaillé, il faut vous lancer. Et commencer à rédiger, d’abord l’introduction et la conclusion, au brouillon.

L’introduction

L’introduction, c’est la porte d’entrée de votre copie, il faut la soigner ! Sa construction est toujours la même.

Pour le sujet « En quoi l’État-providence assure-t-il la cohésion sociale ? », on aura une introduction structurée comme suit :

  • L’accroche (appelée aussi amorce), élément contextuel qui permet d’attirer l’attention du lecteur.
    La mise en marge de la société d’individus et le repli de communautés sur elles-mêmes sont toujours une menace pour toute société.

  • Présentation du sujet, éventuellement en le reformulant. Celle-ci a besoin de paix et de partager des valeurs et des activités sociales communes : c’est la cohésion sociale. En quoi l’État-providence joue-t-il un rôle dans cette cohésion ?

  • Choix de la problématique et mention des enjeux. Comment les pouvoirs publics peuvent-ils assurer cette harmonie ? Par quels mécanismes économiques et sociaux et avec quels moyens interviennent-ils ? À quelles limites se heurtent-ils ? S’interroger sur le rôle de cohésion sociale de l’État-providence donnera l’occasion d’analyser l’intérêt et les modalités de l’interventionnisme face aux conduites déviantes et à la fragilisation du lien social.

  • Présentation des grandes parties du plan (sans mentionner partie 1, partie 2 etc, cela doit sembler fluide). Vous avez plusieurs possibilités de formulation.
    Exemple 1 : Après avoir mis en valeur comment l’État-providence a notamment pour mission d’aider la population à satisfaire certains besoins, nous montrerons de quelles façons il essaye de maintenir la cohésion de la société.
    Exemple 2 : Si l’État-providence a notamment pour mission d’aider la population à satisfaire certains besoins, il dispose de moyens multiples pour essayer de maintenir la cohésion de la société.
    Exemple 3 : Comment l’État-providence aide-t-il la population à satisfaire certains besoins ? De quelles façons essaie-t-il de maintenir la cohésion de la société ?

La conclusion

Il ne faut pas oublier de la rédiger au brouillon juste après l’introduction, cela vous sera bien utile lorsque vous paniquerez à la fin de l’épreuve !
Vous devez la soigner, car c’est la dernière impression que vous laisserez au correcteur. Elle est composée de deux parties :

  • Le bilan, qui récapitule les résultats de chaque partie. Ne repartez pas dans des exemples, vous devez résumer à grands traits le cheminement de votre pensée en montrant que vous avez répondu à votre problématique.

  • L’ouverture, pour élever la réflexion. Vous devrez ouvrir le débat de façon pertinente, c’est-à-dire que vous pouvez relier votre sujet à une autre problématique, à des considérations actuelles, à une thématique plus large. Mais il faut que cette ouverture ait un sens, si vous manquez d’inspiration, cela pourrait vous pénaliser, il vaut mieux ne rien mettre plutôt que de faire une ouverture “bateau”.

Pour le sujet “La baisse du coût du travail est-elle la solution au chômage français ?” problématisé comme cela : “Dans quelle mesure agir sur le coût du travail pourrait servir positivement la réduction du chômage et, est-ce véritablement la seule action à privilégier ?”, on pourrait avoir la conclusion suivante :

1. Le bilan
Au-delà des partis pris, il semble difficile de trancher sur la supériorité de telle ou telle mesure. Toutefois, on ne peut ignorer les décisions de politique économique retenues par la présidence Hollande surtout depuis 2013. Elles semblent corroborer l’hypothèse qu’en agissant à la baisse sur le coût du travail, cela devrait permettre de restaurer les marges des entreprises, leur compétitivité prix tout en les rendant plus concurrentielles sur les marchés internationaux. Cette politique devrait alors pouvoir se traduire positivement en termes d’emplois comme le confirment les théoriciens de l’offre en général. Cependant, agir de la sorte risque de s’effectuer au détriment des ménages, de la demande de consommation tout en hypothéquant les attendus d’une politique de réduction du coût salarial.

2. L’ouverture
Il importe donc de parvenir au meilleur compromis dans un contexte financier étroit et marqué par un certain rejet de l’opinion publique à l’égard de la politique gouvernementale… On peut toutefois, à la veille des élections européennes, s’interroger sur la capacité de la France, seule, à réduire sensiblement le chômage. La réponse ne se situe-t-elle pas davantage à l’échelle européenne ?

Entrez dans le vif du sujet

Vous avez cerné votre sujet en rédigeant votre introduction, vous savez là où vous voulez en venir car vous avez rédigé une première version de votre conclusion. Maintenant, il faut dérouler votre développement ! Recopiez votre introduction, puis lancez-vous, en suivant votre plan détaillé.

Construire vos parties

Entre les différents morceaux de la dissertation, il faut “huiler les rouages” en utilisant des connecteurs logiques et des transitions, pour fluidifier la lecture et dérouler le raisonnement de façon logique. Vous pouvez les noter au brouillon sur votre plan détaillé si cela vous aide.

Les transitions servent à faire passer d’une partie à une autre, d’un paragraphe à un autre, d’une idée à une autre. Il suffit alors de rappeler l’idée précédente en la résumant au plus important, et d’annoncer celle qui arrive en faisant un lien logique.

Les connecteurs logiques servent de transition à l’intérieur même des paragraphes, et permettent de mettre en lumière des rapports logiques : de cause à effet, d’opposition, de nuance, de juxtaposition...

Exemples : ainsi, en effet, dans la mesure où, c’est-à-dire, comme le souligne, également, par conséquent, malgré, toutefois, certes, en définitive, c’est pourquoi...

Pour le sujet “La baisse du coût du travail est-elle la solution au chômage français ?” problématisé comme cela : “Dans quelle mesure agir sur le coût du travail pourrait servir positivement la réduction du chômage et, est-ce véritablement la seule action à privilégier ?” et avec le plan suivant :

1. La baisse du coût du travail semble être une solution efficace au chômage
1.1 Un constat empirique
1.2 Une approche validée théoriquement
2. Cet objectif est une solution à relativiser
2.1 Un constat global
2.2 D’autres pistes envisageables

Pour faire la transition entre les deux sous-parties de la partie 1, on pourrait imaginer la phrase suivante :

C’est un constat qui est fait à un temps T et qui nous apporte un argument en faveur de la baisse du coût du travail pour réduire le chômage. On pourrait opposer le fait que c’est un constat ancré dans une temps et un lieu précis, et probablement pas généralisable. Mais, il s’avère que c’est une approche qui a été validée théoriquement !

Les parties devront s’enchaîner naturellement grâce aux transitions et connecteurs logiques. Chaque partiese construit toujours comme suit :

  • Introduction de partie

  • 3 ou 4 paragraphes argumentés

  • Conclusion de partie

Il faut toujours introduire votre thématique globale, l’étayer par des idées argumentées qui sont elles-mêmes soutenues par des exemples, et récapituler les conclusions auxquelles vous êtes arrivé en suivant votre raisonnement.

Construire un paragraphe

Les parties sont donc composées de paragraphes argumentatifs, et ils doivent suivre la structure suivante :

  • Introduction / annonce de l’idée

  • Développement de l’idée

  • Illustration de l’idée

  • Déduction / conclusion

L’annonce de l’idée doit se faire à l’aide d’un connecteur logique pour créer le lien à partir de l’idée précédente. Vous devez énoncer l’idée générale de façon précise, en une ou deux phrase.

Puis, vous développerez votre argument, en donnant les détails nécessaires. Il faut montrer pourquoi cette idée est pertinente, apporter des précisions, la caractériser.

Pour étayer cette idée, il vous faudra donner au moins un exemple concret, qui vous permet de rendre votre idée crédible en la donnant à voir concrètement au lecteur. Vous pouvez aussi mentionner un exemple qui permettrait de nuancer l’idée ou de montrer ses limites. Mais dans ce cas il faut bien le préciser, sinon on pourrait vous reprocher de mal choisir vos exemples.

Puis vous devez tirer une synthèse de cette argumentation, qui confirme votre idée énoncée au début et qui la rend plus forte. Il ne faut pas que ce soit une simple répétition de l’annonce de l’idée, sinon l’argumentation n’avance pas et on tourne en rond. Il est bon de relier l’argument à la problématique à ce moment-là.

Une dissertation est avant tout une démonstration d’idée, ne l’oubliez pas ! Et il faut rentrer dans ces “cases” pour réellement répondre à l’exercice, n’essayez pas de faire original sur le plan de la méthode, cela ne paie jamais.

Bons conseils

Au-delà du fond de vos idées, que vous devez acquérir en travaillant, et de cette structure fixe, qu’il faut absolument respecter, d’autres éléments sont pris en compte par le correcteur. Gardez-les en tête !

Sur la forme :

  • Rendez un devoir propre. C’est tout bête, mais une copie sale, avec des tâches et une graphie illisible récoltera rarement une très bonne note.

  • Aérez votre devoir ! La disposition de votre texte donne des indications sur la structure de votre argumentation. Il faut sauter2 lignes entre l’introduction et la première partie, la deuxième et la troisième, et entre la troisième et la conclusion. Il faut sauter une ligne entre les sous-parties, commencer toutes vos sous-parties ainsi que l’introduction et la conclusion par un alinéa. Enfin, il fautaller à la ligne dès que vous changez d’“étape” à l’intérieur d’un paragraphe (dans l’introduction, entre l’amorce et l’annonce du sujet, l’annonce du sujet et la problématique, la problématique et le plan ; dans les parties, entre l’annonce de l’idée et le développement, etc.).

  • Mais il ne faut pas mettre de plan apparent, ne faites pas pas figurer dans votre copie les 1, 1.1 et autres. Gardez cela pour le brouillon.

  • N’oubliez pas la ponctuation, mettez des virgules, faites des phrases courtes, sinon votre correcteur va s’asphyxier !

  • Banissez les phrases alambiquées, allez au plus clair.

  • Faites attention à votre orthographe et votre syntaxe, un écrit truffé de fautes ne pourra pas être bien noté.

  • Restez dans un registre de langue soutenu, évitez toute familiarité et utilisez le vocabulaire adéquat.

Sur le fond :

  • Ne dites pas « Je », vous ne devez pas vous impliquer personnellement en tant qu’individu, même si c’est votre pensée que vous exposez.

  • La dissertation n’est pas un exercice de style, vous devez resterdémonstratif et objectif autant que possible.

  • Ne paraphrasez pas ni le sujet, ni les documents à votre disposition. Il s’agit ici d’expliquer, d’analyser, de démontrer.

  • Il faut bien délimiter votre propos, ne partez pas dans tous les sens et ne faites pas de discours trop général.

  • Soyez précis : si vous citez, ce n’est pas de façon approximative, si vous parlez d’éléments quantitatifs, citez des chiffres, si vous évoquez une période, donnez des dates.

Et enfin, relisez-vous ! Gardez toujours un peu de temps à la fin pour vous relire, cela vous évitera de ne pas finir votre devoir et vous pourrez corriger de potentielles erreurs de raisonnement et fautes d’orthographe.

Conclusion

La dissertation est un exercice difficile car il est très codé, et il faut respecter ces codes tout en réinvestissant vos connaissances dans cette structure classique. Mais c’est comme ça que vous apprendrez à construire une argumentation, un raisonnement logique, ce qui vous sera toujours très utile ensuite !

Vous avez peur d’oublier les étapes lorsque vous rédigerez ? Téléchargez cette grille, qui résume la structure-type d’une dissertation en 3 parties, 3 sous-parties.

Exemple corrigé à télécharger

Téléchargez le corrigé-type du sujet “Les inégalités ont-elles disparu des démocraties occidentales ?”.

1Technique et esthétique ? Que penser de cette question ? Sa formulation abrupte est-elle liée à une épreuve obligatoire de philosophie au programme d’un concours interne à une caste de lettrés ? Une bonne note permettrait-elle d’accéder au grade supérieur dans le cursus honorum d’une bureaucratie universi­taire, à défaut d’être « céleste » ? Si tel est bien le cas, nul doute que cette épreuve soit conçue pour marginaliser tous ceux dont les bases théoriques, fragiles ou lacunaires, vacillent et flottent entre des concepts dont le maniement n’est pas nécessairement le point fort.

2De cette intuition, est-il abusif de déduire qu’à moins de vouloir prendre des risques inconsidérés, le candidat non philo­sophe, inquiet de cette invitation à une partie de trapèze volant avec Adorno, aura tout intérêt à se glisser dans le moule préformé de la dissertation traditionnelle, offrant son plan dialectique en trois parties (thèse, antithèse, synthèse) comme filet de sécurité.

3L’introduction sera sobre et mesurée. Elle se limitera pour l’essentiel à la définition des deux termes (prévoir quelques recherches rapides dans un bon dictionnaire de langue, dans un dictionnaire philosophique et dans l’Encyclopédia Universalis). Sou­ligner d’emblée la complexité du sujet, ainsi que l’abondance d’analyses et de commentaires, souvent contradictoires, qu’il a générée. L’introduction s’achèvera sur une interrogation naïve : quid de l’art dans cette affaire ? Inutile d’annoncer le plan, cette précaution signe trop un esprit scolaire. Passer sans attendre à la première partie.

4Elle s’ouvrira sur une description très légèrement apocalyp­tique, dont la technique en majesté constituera le thème central. Sa toute-puissance, son omniprésence, son impérialisme, son emprise sur le territoire, sur la vie physique et psychique de l’homme, le dopage constant que la science lui assure – feront l’objet d’une affirmation massive et peu nuancée. Le tableau comportera inévi­tablement un volet sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication dont la familiarité apparente ne résorbe pas « l’inquiétante étrangeté ». (Sur les bouleversements et les mutations, avérées ou encore imprévisibles, dont elles sont grosses, puiser à pleines brassées dans Virilio). Ayant réussi à li­quider la nature (reprendre ici l’image frappante de Bernard Stiegler : nous continuons à désigner sous le vocable de vache ou de betterave des objets techniques conçus dans des ateliers qui ressemblent beaucoup à la nature), la technique n’est-elle pas en mesure, en passe, ou n’a-t-elle pas déjà liquidé aussi l’esthétique, après avoir peut-être absorbé l’art puisqu’il ne figure déjà plus au générique ? Ne nous dit-on pas d’ailleurs (rester vague sur le « on ») que, depuis longtemps déjà l’art ne survit à sa mort plu­sieurs fois annoncée que grâce à une perfusion ininterrompue et lourdement dosée d’esthétique ? La première partie s’achèverait ainsi, sous un ciel bas et lourd de nuages de synthèse, par une in­terrogation volontairement dramatisée, formulée avec toute la gravité requise par les docteurs de l’âme souffrante et des esprits malades au double chevet de l’art et de l’esthétique agonisants.

5Avant de passer à la suite, il n’est pas interdit d’échanger cette sombre atmosphère de Götterdammerung contre une ambiance plus légère. La remémoration d’une visite que firent ensemble Fernand Léger, Brancusi et Marcel Duchamp au Salon d’Aviation de 1913 pour­rait alors convenir. Selon Léger, alors qu’ils se promenaient tous les trois au milieu des moteurs et des hélices, Marcel l’aurait apos­trophé en ces termes : « C’est fini la peinture. Qui peut faire mieux que cette hélice ? Dis, tu peux faire ça ? » La transition avec ce qui suit serait certainement facilitée par l’évocation d’une telle anecdote.

6La seconde partie s’efforcera en effet de créer une circulation d’air là où la première s’était employée à accumuler des affirmations massives, unilatérales et redondantes. Elle tentera d’y parvenir par la mise en scène des noces enjouées de la technique et de l’esthétique. En route vers le lieu de la célébration, elle fera un peu d’histoire, contant à ses compagnons de voyage le trouble qu’introduisit dans les méthodes et les habitudes de travail le dé­ferlement de la mécanisation, du machinisme et de la révolution industrielle. Elle expliquera chemin faisant l’afflux massif d’objets destinés à la vie quotidienne, produits en grande quantité, décou­plant la conception de la production et elle ajoutera, sans men­tionner ici sa dette à l’égard de François Loyer, comment ce découplage fit vaciller les statuts et désorganisa les hiérarchies traditionnelles du travail. Enchaînant sur l’inquiétude de quelques bons esprits témoins de cette évolution et sur la lutte passionnée qu’ils menèrent pour infléchir son cours par la réintroduction de la qualité, du style et de la beauté dans une production de masse guettée par une dégradation irréversible, elle finira par arriver sur le site du happening.

7Les statues de Léon de Laborde, d’Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, de John Ruskin et de William Morris seront dressées, telles des figures tutélaires, à l’entrée d’icelui. Le fait que les approches et les points de vue de ces honorables gentlemen aient été fort dissemblables ne sera pas prise en compte, car seule im­porte pour l’occasion la croisade qu’ils menèrent avec fougue et simultanément pour favoriser le mariage. À vrai dire, sa célébra­tion a déjà eu lieu depuis longtemps et la présence autour de l’arche d’alliance, de l’Art Nouveau – modern style, École de Nancy –, du mouvement de Stijl, du Bauhaus, de l’Union des Artistes Mo­dernes et de la Hochschule für Gestaltung d’Ulm, avec toutes leurs équipes, au grand complet, est émouvante comme une gale­rie de portraits. Des hérauts, en livrée mécanique, rappellent les réussites respectives, qui ne sont pas minces ; telle une onde, leurs qualités se propagent vers nos environnements quotidiens, nos objets, notre monde. Beaucoup de nostalgie, décidément, dans cette cérémonie qui finirait par ressembler aux cycles répétitifs engendrés par une machine de Morel, s’il n’y avait pas les vivants, lesquels, fort heureusement, chantent et dansent comme au premier jour : ceux de Memphis autour d’Ettore Sottsass, Andreas Branzi, Roger Tallon, Richard Sapper, Andrée Putman, Mario Botta, Gaëtano Pesce, Philippe Starck, Gae Aulenti, Enzo Cucchi, Ingo Maurer, sans compter les japonais – Shiro Kuramata, Toshiyuki Kita, pour ne citer que ces deux-là – et les plus jeunes : Marc Charpin, Mattali Crasset, Karim Rashid, Marc Saddler… et tant d’autres.

8La fête bat son plein et c’est à peine si on remarque un person­nage solitaire, occupé, semble-t-il, à remâcher un message dans lequel, pour autant qu’il soit possible d’entendre, il est question du lien entre l’effort d’imagination et de pensée auquel les formes, les objets et les images créés par les pères fondateurs doivent d’exister et le déploiement simultané d’utopies généreuses qui se fracas­sèrent plus tard dans le siècle, non sans avoir auparavant provoqué quelques sérieux dégâts. Comment, marmonne-t-il, comment faire l’impasse sur la traîne inquiétante d’ombre, de terreur et de nuit que le cortège enthousiaste et visionnaire de ces noces bruyam­ment acclamées par l’industrie et, plus encore, par le commerce, laisse dans son sillage ?

9Le candidat redoute un retour en force d’Adorno à l’orée de la troisième partie, la plus acrobatique puisqu’il faut parvenir à y faire coexister les contraires dans une sorte d’unité supérieure, qui lui a toujours paru éminemment mystérieuse. Ce qui vient d’être dit crée un suspens dont la retombée s’effectue lentement sur le territoire de l’art, qui a observé en silence, mais avec intérêt, les ébats de l’esthétique (à l’égard de laquelle il demeure dans une muette réserve) et de la technique (laquelle suscite en lui, à vrai dire, plus de curiosité, et parfois même d’émerveillement, que de frayeur). La concernant, il n’oublie pas leur origine commune, en amont de l’écart ouvert quelque part entre la Grèce et Rome, pendant la traversée de l’Adriatique. Il sait aussi tout ce que, de­puis le milieu du xixe siècle, elle n’a cessé de lui offrir en termes de matériaux et d’outils nouveaux, de possibilités et de moyens d’expression inédits. Il n’ignore pas enfin le rôle qu’elle a joué, à ses côtés, dans la lutte à mort qu’il lui a fallu soutenir contre l’aca­démisme et, souvent, il lui arrive de s’interroger rétrospectivement sur le devenir qui aurait été le sien sans l’irruption providentielle de la photographie et du cinéma ; aujourd’hui, il attend beaucoup de la vidéo et de toutes les nouvelles images qu’autorise l’usage de l’informatique.

10Aux aventures plus étroites que nouent conjointement la tech­nique et l’esthétique (décidément, il n’aime guère ce mot, pris dans quelque chose de froid, de raide et de suffisant, qui l’indispose et l’irrite), il ne trouve cependant rien à redire car l’attitude intégriste lui a toujours été étrangère tandis qu’il accueille avec une bienveillante attention les produits des greffes et des métissages. D’ailleurs, il supporte mal d’être assigné à résidence, du côté de « l’inutile » moins qu’ailleurs, et il n’est pas, comme on voudrait trop souvent le faire croire, consubstantiel au musée, à la galerie, à la boite blanche délimitant le périmètre de l’exposition. Accepter ce confinement reviendrait à renier les moissons d’objets – tech­niques, quotidiens, utilitaires – ramenés des mondes outre-mer par des générations successives d’aventuriers, de marchands et d’eth­nologues, objets qui suscitèrent l’admiration, la joie et l’enthou­siasme des artistes occidentaux lorsqu’ils découvrirent leur existence.

11Avant de clore cette troisième partie, comment ne pas consa­crer quelques lignes à l’empire récent des « nouvelles techno­logies » ? Un léger vertige déstabilise pendant un court instant la trajectoire et l’aplomb du candidat. Est-il seulement possible, s’interroge-t-il angoissé, d’esquisser en quelques lignes, sous le double rapport de la technique et de l’esthétique, le paysage qui s’ouvre ces jours-ci, à la quadruple enseigne du numérique, de l’interactivité, du virtuel et du temps réel ? Connaissant la réponse à une telle question, n’ignorant (presque) rien de l’abondante litté­rature sur le sujet, il estime l’esquisse improbable et cherche une issue honorable du côté de l’esquive. Il la trouve à l’endroit où se tressent et se distendent la matière et la mémoire, la transmission et la forme, entre le silicium que ses propriétés semi-conductrices ont fait choisir pour la fabrication des dispositifs électroniques et le silex – dont le silicium est un composant – qui signe la plus an­cienne présence humaine dans les strates géologiques du grand Rift africain. Pour le reste, quelques généralités suffiront : la com­plexité de ces nouveaux outils, le rythme échevelé de leur cons­tante évolution, leur irruption récente, massive et universelle, interdisent tout jugement hâtif sur les conséquences à venir, encore inimaginables pour la plupart, de leur progressive appropriation et maîtrise par les artistes.

12Il ne reste plus qu’à conclure. L’essentiel ayant été dit, plutôt qu’un résumé délétère, le candidat choisit de s’abandonner à une dérive sur fond d’expérience personnelle. Estimant qu’au fond les jeux sont faits, il opte donc résolument pour le récit de quelques moments, trop rares à son gré, au cours desquels, récemment, il a l’impression d’avoir croisé la technique et… comment dit-on déjà… l’esthétique.

13À l’Opéra de Nancy, il lui a été donné d’assister à une représen­tation d’Alcina, qui lui a procuré un vif plaisir. Les voix, la direc­tion d’orchestre, les décors, tout contribuait à mettre en valeur l’intention et la musique de Haendel. Aux ressources techniques habituelles de l’opéra, on avait ajouté un écran sur lequel, lorsque sa présence verticale intermittente prenait place dans le décor, s’inscrivaient des images de synthèse créant une étrange trouée dans l’espace déjà virtuel de la scène. Aussi pleinement effective qu’ait été sa fonction narrative dans le contexte du récit, cette intrusion peu ordinaire affectait, d’abord et avant tout, son ordonnance classique et son autorité magistrale, par la création d’un court-circuit provoquant une embardée hors de jadis et naguère qui, avec une certaine rugosité, ramenait ici et maintenant à la face du spectateur. Un autre soir, au Centre Culturel André Malraux de Vandœuvre, il a vu la dernière création de la chorégraphe Olivia Grandville, intitulée Instantanés provisoires. Là également, mais dans un tout autre contexte, la présence physique des danseurs, l’écriture précise de leurs déplacements, de leurs mouvements et de leurs gestes était redoublée, complétée, parfois contredite par des projections de films empruntant des supports divers : écrans mo­biles, murs et plafonds de la salle de spectacle, corps des danseurs. Le rapport entre ces deux types de présences, identiquement ani­mées, le partage du terrain entre deux représentations de l’énergie gestuelle, l’une vivante, l’autre imagée, ainsi que le débordement de l’espace scénique, créait une conflagration désorientant le re­gard et provoquant la mise en abyme du spectacle tout entier.

14Au Musée du Jeu de Paume, à Paris, il a visité la rétrospective Alechinsky et assisté à la projection de trois films de Johan van der Keuken. Alechinsky est un peintre qui ne considère pas l’existence des hélices, des moteurs ou des centrales nucléaires comme con­tradictoires avec l’usage de son médium privilégié. Pour autant, on voit mal au nom de quoi ses tableaux, qui témoignent d’une vir­tuosité technique impressionnante ainsi que d’une science puisée à diverses traditions du dessin, des matières, des supports et des couleurs pourraient être jugées irrecevables au regard des expres­sions plastiques contemporaines. Johan van der Keuken, pour sa part, est un photographe et un cinéaste ramenant des images sur la vie des hommes et des femmes qui, partout dans le monde, peuplent avec nous cette Terre. Il les rapporte du Cameroun, du Kerala, de Bolivie ou d’Amsterdam et leur précision, leur intelli­gence comme leur sensibilité leur permet de garder une juste et respectueuse distance à l’égard de leur sujet sans renoncer à offrir des possibilités de lecture ouvertes sur des interrogations sociales, économiques et politiques. Au Centre Pompidou, dans la seule galerie qui soit encore accessible du fait des travaux, le candidat a visité une exposition montée par le Consortium de Dijon, que sa tonalité générale situe à bonne distance de la double programma­tion du Jeu de Paume. Ici, avec une radicalité ouvertement reven­diquée, ce sont les expérimentations de l’avant-garde qui, formelle­ment au moins, se prolongent et même si, considérée séparément, chaque œuvre – ou travail – n’emporte pas nécessairement l’adhé­sion (elle n’est pas là pour ça) il faut faire preuve de mauvaise foi pour ne pas être sensible à l’énergie qu’ensemble elles dégagent et propagent au long d’un parcours dont la tension atteste la cohé­rence du point de vue et de l’engagement des commissaires (qui méritent bien leur nom). « Work in progress », comme l’annonce le programme, et à ce titre expérimentale, « leur » exposition secoue et perturbe les systèmes de représentation, malmène l’en­tière panoplie des critères esthétiques égarée, pour cause de ravis­sement et d’extase entre le Louvre et le musée d’Orsay, travaille au corps l’art et les techniques du monde tel qu’il va.

15Le candidat voudrait enfin mentionner son passage dans deux ateliers d’artistes : ceux de Bernard Moninot et de Piotr Kowalski, le premier en prévision d’une prochaine exposition, le second pour envisager avec lui la réalisation d’une commande publique. Pourvu qu’on ait avec la production des artistes une profonde affinité, la visite de leurs ateliers est toujours un moment heureux car elle nous introduit dans le lieu où s’opère, sans autre nécessité que celle découlant du projet même de l’œuvre, l’alliage entre la pensée, la technique et la forme. Les archives, les travaux en cours, les œuvres achevées s’y côtoient et leur exposition non ap­prêtée au milieu des outils, des matériaux et des esquisses, ponctue un parcours singulier qui ouvre à la fois sur des moments précis de l’histoire de l’art, sur l’œuvre d’autres artistes, pas nécessairement contemporains avec laquelle un dialogue a visiblement été noué, sur le monde extérieur enfin, dans toutes se dimensions, depuis les éléments, les matières et les objets jusqu’à la société, la littérature, la science et la philosophie. Moninot et Kowalski n’utilisent pas les mêmes outils et ne tiennent pas les mêmes propos mais, l’un comme l’autre, par la médiation de leurs œuvres respectives, attestent que la pensée de l’art s’incarne dans des objets dont la production mobilise les infinies ressources de la technique et dont la finalité dernière est moins esthétique que poétique.

16La conclusion est sans doute hors sujet mais le candidat espère vivement pouvoir faire admettre qu’elle n’est pas tout à fait sans objet. À l’instant du dernier mot, remontant au plus près de la technique, sans pouvoir malheureusement garantir son absolu fair-play à l’égard de l’esthétique, il s’effacera derrière Alfred Mé­traux : « L’humanité – écrit-il dans son Journal – a peut-être eu tort d’aller au-delà du néolithique... Si le néolithique avait connu l’art dentaire, je m’en serais fort bien contenté ».

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